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15 avril 2026

Le marché du travail tunisien est à un tournant historique. Entre inadéquation formation-emploi, transformation rapide des métiers, arrivée de l’IA et pression croissante sur l’employabilité des jeunes, les outils traditionnels de gestion du trvail montrent aujourd’hui leurs limites.
C’est dans ce contexte que le Ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle (MEFP), à travers l’Agence Nationale pour l’Emploi et le Travail Indépendant (ANETI), a lancé le Référentiel Tunisien des Métiers et des Compétences (RTMC), un dispositif structurant qui ambitionne de transformer durablement l’écosystème emploi-formation en Tunisie.
Bien plus qu’une simple base de données des métiers et des professions, le RTMC se positionne aujourd’hui comme un véritable socle stratégique pour une économie pilotée par les compétences.
A court terme, ce support de référence permettra aux demandeurs d’emploi et aux entrepreneurs de cerner et de développer leurs habilités et leurs compétences, tout en aidant les entreprises à mieux déterminer leurs besoins en compétences. L’ANETI se réfèrera désormais à ce référentiel pour mieux ajuster l’offre et la demande d’emplois.
Le RTMC permettra, à moyen terme, aux organismes de formation et d’éducation d’adapter leurs programmes de formation aux besoins du marché de l’emploi en Tunisie. Et ce, en s’alignant sur les résultats de veilles et de mises à jour des habilités et des compétences assurées périodiquement par le Ministère de l’Emploi et de la Formation Professionnelle via l’ANETI.
Vous trouvez plus de données et d’informations sur le site dédié au RTMC sur le lien suivant : rtmc.emploi.nat.tn
Genèse du projet
Le marché du travail et le Ministère de l’Emploi plus particulièrement disposait déjà d’un « ancien » référentiel des métiers, tenu par l’Observatoire National de l’Emploi et des Qualifications (ONEQ), une direction générale qui relève du Ministère, sous l’appellation du Dictionnaire National des Métiers et des Emplois.
Ce référentiel des métiers existe depuis les débuts des années 2000 et a bénéficié pour sa mise en place du support de la coopération canadienne et française.
Chez webdesign., nous avons eu le privilège d’assister le Ministère et de son Observatoire pour mettre ce premier référentiel sur le Web en 2005, dans le cadre d’un projet financé par la Banque Mondiale.
Le « nouveau » Référentiel Tunisien des métiers et des compétences RTMC constitue donc un modèle moderne du traitement des offres et des demandes d’emploi basé sur les habilités et les compétences en délaissant une approche traditionnelle axée plutôt sur les diplômes.
Le Référentiel Tunisien des métiers et des compétences a été conçu pour répondre à l’évolution rapide des métiers et des emplois. Ce document de référence unifie les concepts auprès de différents acteurs du marché de l’emploi, ce qui agit positivement sur les indicateurs de médiation et le développement de ressources humaines.
Un outil national pour répondre aux mutations profondes du travail
Le RTMC a été conçu pour répondre à une réalité incontournable : les métiers évoluent plus vite que les systèmes de formation et les dispositifs de recrutement.
Face à cette transformation, le référentiel propose une approche innovante pour passer d’une logique basée sur les diplômes à une logique centrée plutôt sur les compétences.
Selon le ministère de l’Emploi, ce référentiel constitue un modèle moderne de traitement de l’offre et de la demande d’emploi basé sur les compétences et les habilités, rompant avec les approches classiques centrées sur les qualifications académiques .
L’objectif est clair : réduire le décalage entre les profils disponibles et les besoins réels du marché.
Une cartographie complète et structurée du marché de l’emploi
Le RTMC se distingue par son niveau de structuration et de granularité.
Selon les données les plus récentes issues de son lancement en 2026, il couvre :
- 15 grands secteurs d’activité
- Plus de 530 métiers
- Environ 20 000 compétences identifiées
Cette architecture permet une lecture claire et exhaustive du tissu économique tunisien, allant de :
- l’agriculture et la pêche
- à l’industrie
- en passant par les TIC, la santé, le tourisme ou encore la logistique
En complément, la version structurée du référentiel repose sur une organisation arborescente détaillée comprenant :
- 14 grands domaines
- 109 domaines professionnels
- 512 fiches métiers
- plus de 8 000 appellations métiers
- des milliers de savoirs et savoir-faire
Cette double lecture (macro et micro) permet d’analyser le marché du travail à la fois globalement et finement.
Une innovation majeure : la fiche métier enrichie
L’un des piliers du RTMC est la fiche métier, qui dépasse largement les descriptions classiques.
Chaque métier est documenté à travers :
- Les missions et activités
- Les compétences techniques (savoirs et savoir-faire)
- Les compétences comportementales (soft skills)
- Les compétences numériques
- Les compétences linguistiques
Cette approche multidimensionnelle est essentielle, car elle reflète mieux la réalité actuelle des entreprises.
Elle permet également :
- d’identifier les compétences transférables
- de visualiser les passerelles entre métiers
- de faciliter les reconversions professionnelles
Un langage commun pour tous les acteurs de l’emploi
L’un des problèmes majeurs du marché de l’emploi en Tunisie réside dans l’absence de standardisation. Entreprises, universités, centres de formation et institutions utilisent souvent des référentiels différents.
Le RTMC vient résoudre ce problème en instaurant un langage commun basé sur les compétences, facilitant ainsi :
- la compréhension des besoins des entreprises
- la lisibilité des profils des candidats
- la fluidité du matching emploi-compétences
Ce point est fondamental : sans langage commun, il ne peut y avoir d’efficacité dans l’intermédiation.
Un levier puissant pour les demandeurs d’emploi
Pour les chercheurs d’emploi, le RTMC représente un changement de paradigme.
Il leur permet de :
- mieux identifier leurs compétences réelles
- valoriser leurs acquis, même hors parcours académique
- découvrir de nouveaux métiers compatibles avec leur profil
- construire des parcours professionnels plus flexibles
À court terme, le référentiel aide les individus à mieux se connaître et à mieux se positionner sur le marché du travail .
Un outil de pilotage stratégique pour les entreprises
Du côté des entreprises, les bénéfices sont tout aussi importants.
Le RTMC permet de :
- définir précisément les besoins en compétences
- structurer les fiches de poste
- améliorer la qualité du recrutement
- réduire les erreurs de casting
Il contribue également à améliorer la productivité en facilitant l’accès à des profils réellement adaptés.
Selon les autorités, il permettra aux entreprises « d’identifier leurs besoins avec précision et d’attirer les compétences aptes à renforcer la rentabilité » .
Une transformation en profondeur du système de formation
Le RTMC ne se limite pas au marché de l’emploi. Il a vocation à transformer tout l’écosystème de formation à l’emploi.
À moyen et long terme, il permettra :
- d’adapter les programmes aux besoins du marché
- de mieux anticiper les métiers émergents
- d’améliorer l’employabilité des diplômés
Le référentiel joue ici un rôle clé en fournissant une base de données fiable pour orienter les politiques éducatives .
Un dispositif au cœur de la transformation digitale de l’emploi
Le RTMC s’inscrit pleinement dans la stratégie de digitalisation des services publics. Il est intégré dans les systèmes d’information de l’ANETI et constitue une brique data essentielle pour :
- les plateformes de matching automatisé
- les systèmes d’analyse du marché du travail
- les outils d’aide à la décision
Une application numérique a d’ailleurs été développée pour suivre les évolutions du marché et adapter en continu les compétences .
Une approche participative et alignée à l’international
Le RTMC n’a pas été conçu de manière isolée. Son élaboration, lancée depuis 2023, s’est appuyée sur une approche participative impliquant :
- acteurs publics
- entreprises
- experts sectoriels
- organisations professionnelles
Par ailleurs, il s’inscrit dans une logique d’ouverture internationale, facilitant :
- la mobilité professionnelle
- la reconnaissance des compétences à l’étranger
- l’employabilité des talents tunisiens à l’international
Un outil stratégique pour les politiques publiques
Le RTMC constitue également un outil d’aide à la décision pour l’État.
Il permet :
- d’identifier les métiers en tension
- d’anticiper les besoins futurs
- d’orienter les politiques d’emploi
- de piloter les investissements en formation
Il devient ainsi un levier clé pour une gouvernance publique basée sur la donnée.
Vers une économie pilotée par les compétences
Le lancement du RTMC marque une rupture fondamentale dans la manière de penser le travail.
On passe progressivement d’une économie du diplôme à une économie des compétences.
Cette évolution est essentielle pour :
- favoriser la mobilité professionnelle
- encourager l’apprentissage continu
- valoriser les parcours atypiques
- stimuler l’innovation
Facteurs clés de succès
Malgré son potentiel, plusieurs défis restent à relever :
- L’adoption par les acteurs : Le succès du RTMC dépendra de son appropriation par les entreprises, les centres de formation et les institutions.
- La mise à jour continue : Les métiers évoluent rapidement. Le référentiel devra être régulièrement actualisé.
- L’intégration technologique : Son efficacité repose sur son intégration dans les systèmes digitaux (plateformes emploi, SI RH, etc.).
- La sensibilisation : Les utilisateurs doivent être formés à cette nouvelle approche par les compétences.
Conclusion
Le Référentiel Tunisien des Métiers et des Compétences (RTMC) représente une avancée majeure pour la Tunisie.
En structurant l’information, en unifiant les référentiels et en facilitant le rapprochement entre l’offre et la demande, il pose les bases d’un marché du travail plus transparent, plus efficace et plus inclusif.
Mais au-delà, il ouvre la voie à une ambition plus large : construire un véritable système d’information national des compétences capable de piloter l’économie, la formation et l’emploi à l’ère du digital et de l’IA.
Si son processus d’actualisation est réussi, le RTMC pourrait bien devenir l’un des piliers de la transformation économique et sociale de la Tunisie dans les années à venir.
