HTML5 vs Flash

Le Web, qui fête cette année le 25ème anniversaire de son invention, a littéralement changé nos vies, nos habitudes à la maison et au travail.

Les technologies qui le font tourner ont considérablement évolué au fil des années donnant lieu à des sites Internet plus riches, accessibles sur tous les terminaux et transformés en de véritables applications web.

Derrière ces évolutions, le World Wide Web Consortium (W3C) se positionne en véritable architecte technique visant à assurer au Web une croissance à long terme, en se chargeant de valider les standards et normes qui régulent son fonctionnement, avant d’être par la suite adoptés par les éditeurs de navigateurs web.

Fondée il y a 20 ans par l’inventeur du web, Tim Berners-Lee, le W3C, est l’organisation internationale chargée de réguler le web en concevant et validant des standards qui seront adoptés par les acteurs de l’industrie, et de veiller à préserver l’universalité du web devant toute tentative de détournement, d’appropriation ou de domination.


Web standards for the future from W3C on Vimeo.

Aujourd’hui, deux ans après avoir complété sa définition, le groupe de travail sur le HTML -conduit par Ian Hickson (Google), l’architecte principal du standard HTML5, qui a produit des contributions essentielles au langage HTML- vient d’annoncer le 28 octobre 2014 la publication officielle de LA Recommandation HTML5, cinquième révision majeure du format de création de sites et d’applications web, marquant ainsi une nouvelle étape importante franchie dans l’interopérabilité de la plateforme Web.

Ce faisant, l’industrie web, comme les développeurs d’applications Web, vont pouvoir s’appuyer sur les fonctionnalités puissantes d’HTML5 pour les années à venir. Le standard HTML5 est aujourd’hui pris en charge sur une grande variété de terminaux, permettant d’abaisser le coût de création d’applications riches pour le bénéfice des utilisateurs du monde entier.

Grâce à HTML5, le Web intègre l’audio et la vidéo sans recours aux plugins, et propose des interfaces de programmation graphiques notamment utiles pour les jeux. Le support natif de dessins vectoriels (SVG) et une meilleure accessibilité des contenus dynamiques riches, font partie de beaucoup d’autres fonctionnalités offertes aujourd’hui par HTML5.

Commentant cette publication de la recommandation HTML5, Tim Berners-Lee, Directeur du W3C, déclare :

« Il nous paraît aujourd’hui naturel de regarder une vidéo directement dans son navigateur Web, ou encore d’accéder au Web sur son téléphone… Nous nous attendons à pouvoir partager des photos, faire du shopping, lire le journal, et accéder à des informations partout, et sur tout type de terminal. Bien qu’invisibles pour la plupart des utilisateurs, HTML5 et la plateforme Web sont à l’origine de leurs attentes croissantes. »

Qu’apporte réellement cette recommandation HTML5 et quels chantiers en perspective ?

Avec la publication officielle de la Recommandation HTML5, les développeurs de logiciels bénéficient de la licence libre de droits pour les brevets concernant HTML5 de la part de plus de soixante sociétés, en accord avec les règles de la politique de brevets du W3C. Permettre à la technologie Web d’être utilisée sans versement de redevances est un aspect fondamental qui fait de la plateforme Web un vecteur d’innovation.

Aujourd’hui, bien que la spécification HTML5 soit largement adoptée parmi les développeurs web pour tout ou partie de leurs applications Web mobiles -puisqu’elle, combinée au CSS3 et à JavaScript, leur permet de « développer une fois, et déployer partout »- beaucoup reste à faire pour atteindre l’une des promesses de la plateforme Web : réduire le coût de développement d’applications puissantes et multi-plateformes.

Dans un récent billet, Jeff Jaffe, CEO du W3C, indique :

« Maintenant qu’HTML5 est là, le W3C va faire davantage pour renforcer les parties de la plateforme Web dont les développeurs ont le plus besoin pour réussir. »

Ces pistes d’amélioration qui devront jeter les bases pour le développement d’applications web ouvertes tournent autour de :

  • Sécurité et vie privée : une meilleure sécurité par le biais de la cryptographie et de fonctionnalités d’authentification, et une protection de la vie privée via la gestion des identités
  • Conception et développement Web : une nouvelle génération d’HTML, incluant style, mise en page, graphiques, animations, et typographie
  • Interactions avec les terminaux : un accès au matériel et capteurs des terminaux tels que Bluetooth, NFC, vibration, etc.
  • Vie des applications : un meilleur support pour le fonctionnement global des applications (tâches d’arrière-plan pour gérer les modes hors ligne, push, « geofencing », ou synchronisation)
  • Communications media et temps réel : des fonctionnalités telles que transmission multimédia en continu et communication pair-à-pair en temps réel (WebRTC)
  • Performance et réglages : des améliorations telles que pré-chargement, profilage et conception Web responsive
  • Fonctionnalité et accessibilité : une accessibilité toujours accrue pour s’assurer que le Web soit réellement pour tous, ainsi qu’une meilleure prise en charge de toutes les langues du monde
  • Services : une mise en place de l’intégration des réseaux sociaux, la standardisation des paiements Web, l’annotation du contenu du Web, et le Web des données.

Bref, tout un programme dont le leitmotiv est d’aboutir à la prochaine génération de technologies Web en s’appuyant sur un socle fondateur stable, avec comme tout nouveau chapitre ouvert : la version HTML 5.1.

HTML5 vs Flash : Une réflexion

Pour mémoire, le HTML5 aurait trouvé beaucoup d’opposition et de résistance de la part des géants de l’industrie, -l’on se souvient encore du différent entre le W3C et WHATWG autour du développement de la spécification ou du débat ayant opposé les pro-Flash et les pro-HTML5 sur la lecture de vidéo en streaming, s’il n’avait pas le support inconditionnel de feu Steve Jobs qui a déclaré la guerre à la technologie Flash, accélérant ainsi sa décente aux enfers.

Flash is dead, long live HTML5

Premier dommage collatéral donc de cette toute dernière recommandation du W3C concernant la spécification HTML5 : l’enterrement à jamais de la technologie Flash, déjà boudée depuis des années par les gourous du Webdesign, et dont la mort programmée a été prononcée par Steve Jobs qui a pris parti du HTML5 au détriment de cette technologie, certes sympathique, mais trop contraignante à plusieurs égards (technologie propriétaire, portabilité, accessibilité, référencement, impression, etc).

Un cas d’école revient à l’esprit pour représenter cette situation, l’exemple de Wix, plateforme de création de sites web en ligne ayant basé initialement son modèle économique sur la technologie Flash, avant d’être contrainte de faire un 180° pour abandonner Flash et passer au HTML5 et se redresser de nouveau. Mais à quel prix ?! et avec quel TCO (coût total de possession) ?! That’s the question

Pourtant chez nous en Tunisie, Flash a toujours eu la côte auprès des entreprises (clientes de prestations web), nos jeunes développeurs « en herbe » en raffolent, et nos écoles de formation en multimédia l’enseignent toujours !!! Rien qu’à jeter un coup d’œil sur le site de l’ISAMM, école de référence pour la formation des futurs webdesigners tunisiens. Et les exemples sont légions, dans l’Administration tunisienne comme dans le privé.

Cette situation pose problème à plusieurs égards -par analogie tout comparable au dilemme du parc Windows XP dans l’Administration tunisienne- : quel avenir et quelles perspectives pour les « flasheurs web » formés durant des années par les « offshoreurs français » ?! Quels barrières à l’entrée et à la sortie et à quel coût ?! Que faire pour les centaines voire les milliers de sites web tunisiens en Flash tout bonnement (ou bêtement) inaccessibles sur tablette ou smartphone ?! Quelles précautions prendre pour éviter à l’avenir des scénarii similaires ?!

Autant d’interrogations difficile à déchiffrer…

Le problème est d’autant plus épineux, lorsqu’on constate que nos décideurs informatiques, marketing tiennent encore et toujours à Flash et se réfèrent fièrement à des exemples de sites qu’ils ont visité, réalisés avec cette technologie « has been« .

Ici notre rôle en tant que professionnels du design web est important pour « éduquer » le marché et anticiper les changements, et notre responsabilité est énorme pour aider à faire une transition numérique du patrimoine web « point.TN »… en HTML5 of course !

Nader Yamoun

Auteur : Nader Yamoun

Expert en inbound marketing et Consultant en transformation digitale des Entreprises. Fondateur et Manager de l'agence Web Design, agence digitale web et mobile. Anime à Tunis la communauté Google Business Groups des professionnels du marketing en ligne. Gère un Blog professionnel pour aider les entreprises à faire le cap du digital, baptisé Mon Entreprise En Ligne - MEEL. Profil Twitter | Profil Google+