colis postal fragile

A l’ère du Commerce 3.0, concept inventé par eBay, ou l’avènement du Commerce connecté, au menu du salon de référence E-Commerce Paris, et alors qu’un certain Alibaba.com vient de battre un nouveau record à moins de deux mois d’intervalle de sa glorieuse introduction en bourse, en vendant en une journée (journée des célibataires du 11 novembre) pour une somme de -tenez-vous bien- 9.3 milliard de dollars, la Tunisie cherche encore et toujours à se faire une place dans l’arène du commerce électronique et patauge à devenir un hub régional dans la « nouvelle route des épices » virtuelle qui se dessine de jour en jour et se profile à l’horizon du commerce international.

Sans trop s’attarder sur les maux du commerce électronique dans notre pays, qu’un tas de monde vous dira plus sur les expériences frustrantes vécues ici et là, et du parcours du combattant qu’un entrepreneur web tunisien dans un projet e-commerce endure depuis le premier contact bancaire (ou postal) pour monter son projet, à l’encaissement de son argent, en passant par le développement commercial et la gestion fiscale de son activité e-commerce, sans parler des problèmes liés à la devise et la convertibilité du dinar tunisien.

Aujourd’hui, je vais viser -pour ne pas dire « fustiger »- un maillon essentiel de la chaîne, aussi névralgique pour la réussite de tout e-commerce de biens de consommation, j’ai cité la logistique e-commerce de détail et particulièrement l’expédition et la livraison de produits vendus à l’international sur nos sites marchands en mode B2C, et dont le monopole en Tunisie est détenu par La Poste Tunisienne et son service Rapid-Poste.

Opérateur historique de la livraison et acteur de premier plan en matière de commerce électronique, la Révolution Tunisienne ne semble pas révolutionner cet intervenant de taille dans l’économie tunisienne, bien au contraire, outre la qualité de services détériorée, et les grèves à répétition, causant tant de préjudice à une frange de clients y compris les promoteurs de projets e-commerce, notre chère Poste tunisienne se permet le luxe de procéder en toute impunité à une augmentation de ses tarifs de livraison sans prendre la peine d’aviser le public et de communiquer cette décision aux médias.

Le pire, c’est que cette augmentation de prix semble dépasser toutes proportions acceptables et conventionnelles pour atteindre un pourcentage de… tenez-vous bien… 160%, devant l’impuissance et le silence complice des usagers de ce service public, ce qui soulève au passage des points d’exclamation…

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Ainsi, lors d’un atelier de coaching de Consultants IT et Conseillers Export qui vient d’avoir lieu la semaine écoulée à l’initiative du Centre du Commerce International avec le concours de la Banque Mondiale dans le cadre d’un Programme régional pilote de développement des Exportations des PME à travers les Places de Marchés Electroniques (#VMP) auquel j’ai pris part (j’y reviendrai dans un autre billet dédié cette semaine), l’on a eu droit à un excellent témoignage d’un entrepreneur e-commerce en B2C dans le domaine de l’artisanat, M. Oussema Bouhlel, qui nous a révélé cette information que comme quoi un colis expédié vers l’Europe dont le poids est 2-3 kg facturé auparavant à 11 Dinars en envoi régulier (49 dinars par Rapid-Poste) est depuis quelques temps majoré à 29 Dinars !!!

Sidéré par cette information révélée par M. Bouhlel, j’ai pris mon mal en patience en voulant vérifier lundi cette information avant de me prendre la tête et de me lancer dans des accusations non fondées. Eh bien, après avoir consulté en premier lieu les sites web de la Poste et de Rapid-Poste et parcouru leur fil d’actualité, je n’ai pas eu aucune information sur une quelconque révision des prix, pourtant googler le mot-clé « nouveaux tarifs Poste », nous donne des résultats de Postes étrangères annonçant un changement de prix : Poste Suisse – Poste Canada – Postes française et belge, mais aucun signe de vie pour ce qui est concerne notre Office National des Postes.

D’ailleurs et à titre indicatif, parmi les résultats, on trouve un article du journal Le Monde fuitant une intention de la Poste française d’augmenter ses tarifs postaux de 5% en 2015… Rien à voir avec des hausses de 160% qu’on nous applique sans avis préalable en pleine saison de baignade !!!

N’ayant pas parvenu à mes fins depuis Internet, j’ai passé dans un premier temps quelques coups de fil avant de me rendre en début d’après-midi sur les lieux et discuter avec deux interlocuteurs de la Poste pour constater qu’effectivement les prix ont été bel et bien majorés, depuis le 28 août 2014 exactement.

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Assumer ses responsabilités !

Des explications des autorités que je citerai ci-dessous, oui j’en veux bien :

Primo, la Poste est tenue de donner des explications à ces pratiques qu’on peut qualifier d’inadmissibles, même si cela peut être compréhensible quelque part. Elle est appelée aussi d’aviser le public de toute révision des tarifs, or j’ai essayé de trouver un semblant de communiqué ou d’avis autour de cette décision, mais en vain ! Je m’attends donc à un droit de réponse de leur part que je publierai volontiers sur cette colonne.

Secondo, le Ministère des TIC est tenu en partie responsable de cet écart et de ce manque de transparence et doit assumer pleinement son rôle de facilitateur (enabler) dans le cadre du pilotage de la stratégie « Tunisie Digitale 2018″.

Je rappelle à M. Le Ministre, Dr Taoufik Jelassi à qui j’ai beaucoup d’estime, qu’à chaque sortie médiatique qu’il fait pour la promotion du PNS Tunisie Digitale 2018, un mot revient en permanence dans ses déclarations : « Ouvrir les silos ». Malheureusement M. Le Ministre, il y a bien là un gros silo dans votre sillage même…

Alors, en fervent parrain de l’économie numérique que vous êtes, j’attends de vous un geste… tiens, pourquoi pas une « dérogation spéciale » pour les e-commerçants qui éprouvent déjà toutes les difficultés du monde pour se frayer un chemin vers la nouvelle route du soie.

Tertio, la nouvelle Chambre syndicale e-commerce et de la vente à distance (SEVAD) a bien du pain sur la planche et devra vite se mettre au travail et est appelée à se manifester pour dénoncer ce genre de pratiques et faire valoir ses droits, et j’invite les professionnels e-commerce à y adhérer massivement. Il en va de leur intérêt réciproque.

Décidément, l’e-commerce en Tunisie… y‘a pas marqué La Poste, comme disait la Pub !

Nader Yamoun

Auteur : Nader Yamoun

Expert en inbound marketing et Consultant en transformation digitale des Entreprises. Fondateur et Manager de l'agence Web Design, agence digitale web et mobile. Anime à Tunis la communauté Google Business Groups des professionnels du marketing en ligne. Gère un Blog professionnel pour aider les entreprises à faire le cap du digital, baptisé Mon Entreprise En Ligne - MEEL. Profil Twitter | Profil Google+